Dante et Gustave Doré

Amis Bibliophiles Bonsoir,

Après le bois originale de Bertrand, je vous propose de découvrir une gouache que possède un fidèle lecteur du blog. Celui-ci aimerait la livrer à votre sagacité. Et c’est un vrai scoop, parce qu’à part vous quand vous aurez fini de lire ce message, seul le musée d’art moderne de Strasbourg sait que cette gouache existe.

Une gouache? Mais quelle gouache? En fait, Fabrice possède une gouache non signée qui serait l’original de la première gravure de Gustave Doré (chant N°1) de La divine Comédie « l’ Enfer de DANTE » de 1861, chez Hachette.
Voici l’histoire de cette gouache : elle est intitulée « Dante Astray in the Dusky Wood » (Dante égaré dans la forêt sombre). Elle est dans son cadre d’origine qui porte l’étiquette d’une galerie d’art Canadienne ouverte en 1860 (From Thompson’s Art Store 68 & 70 King Street East HAMILTON).
Fabrice l’a d’ailleurs acquise au Canada à Ottawa en 2008. Le vendeur n’a pas fait le rapprochement avec Gustave Doré, et Fabrice non plus au moment de l’acquisition, même s’il a perçu le symbolisme de l’oeuvre. La technique employée est gouache, encre à la plume, lavis.

Elle est non signée, comme la gravure du livre me semble-t-il. Ce qui pourrait expliquée le fait qu’elle ait été perdue de vue et non identifiée.
Elle fait 19 Cm par 24 Cm (image seule).

La comparaison fait apparaitre des différences entre la gravure du livre et le dessin, mais nous savons que Gustave Doré donnait des fils conducteurs aux équipes de graveurs leurs laissant loisir d’exprimer leur art de graveurs.
Bref, Fabrice aimerait avoir votre avis, sans compter que cela l’amuse de la soustraire du circuit des experts pour la soumettre à votre appréciation (« de rigolos »).

Le sujet m’a semblé intéressant. Qu’en pensez-vous?

H

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Un Livre à l’honneur : Le Malleus Maleficarum, ou le manuel d’inquisition du 15ème siècle

Un Livre à l'honneur : Le Malleus Maleficarum, ou le manuel d'inquisition du 15ème siècle

Le Malleus Maleficarum, ou Marteau des Sorcières, est le plus connu des traités de sorcellerie et le plus utilisé des manuels de sorcellerie. Publié en 1486 (pour ceux qui suivent, c’est donc un… incunable), il fût écrit par Heinrich Kramer (aussi connu sous le nom de Henri Institoris) et Jacques Sprenger.

Si Institoris (1430-1505) est un inquisiteur implacable de l’ordre des Dominicains qui est même contesté dans les rangs de l’Eglise, Sprenger, dominicain lui aussi, est un homme très instruit et malgré son titre d’Inquisiteur de la Vallée du Rhin, il n’a pas joué un rôle actif dans la traque des hérétiques et des sorciers.

Hommes de progrès, les deux auteurs choisirent de lutter contre l’hérésie en utilisant la technique la plus moderne de l’époque, à savoir l’imprimerie, afin de favoriser la diffusion rapide de leurs idées.

Extraordinaire somme démonologique, le Malleus se compose de trois parties principales.

Dans la première, les auteurs démontrent la réalité des maléfices et la nature de la sorcellerie, ils y expliquent aussi notamment pourquoi les femmes, à cause de leur faiblesse et de leur intelligence inférieure (pas de commentaire), sont par nature plus disposées à céder aux tentations du Malin.

Dans la deuxième partie, Institoris et Sprenger donnent des exemples concrets, qui sont autant de récits assez extraordinaires et fantastiques : tranformations en animaux, en monstres, vols sur les balais durant le sabbat, capacité à déclencher des catastrophes naturelles, destruction des récoltes, rapports sexuels entre sorcières et démons, etc.
Enfin, la troisième partie est le code criminel qui doit permettre d’interroger et de punir suspects et coupables (les suspects finissant rarement innocents, il faut bien le reconnaître). L’argumentation logique utilisée pour énoncer des absurdités constitue l’un des grands charmes de l’ouvrage, par ailleurs sinistre. Ce vademecum pour inquisiteur détaille aussi très précisément comment procéder à la capture, instruire le procès (notamment le rasage intégral du corps des accusés au fer rouge , afin de trouver la fameuse « marque du Diable », preuve de culpabilité), organiser la détention et l’élimination des sorcières. Il explique également comment accorder ou non du crédit aux déclarations des témoins, dont les accusations sont souvent proférées par envie ou désir de vengeance. Naturellement les deux auteurs assurent également que les juges, en tant que représentants de Dieu, ne peuvent être soumis à l’inquisition et en proie à l’hérésie. Pratique, non?


L’idée qui domine l’ouvrage est que si l’Eglise arrive à exterminer les sorciers à l’aide de ce livre et via l’Inquisition, le diable perd la plupart de ses moyens d’action.

Son succès sera immense. Entre 1486 et 1520, on compte une quinzaine d’éditions, parues dans des villes rhénanes, mais aussi à Paris et à Lyon. A raison de 1 000 ou 1 500 exemplaires par tirage, 20 000 exemplaires ont pu circuler avant la Réforme. Le traité connaît une seconde vie à la fin du XVIe siècle. De 1574 à 1621, une quinzaine de nouvelles éditions sortent des presses européennes. Les dernières éditions datent des années 1660.

Les détracteurs de l’hystérie démonologique furent peu nombreux mais existèrent.. On peut citer Jean Wier, qui publie en 1564 un traité Des illusions des démons, des incantations et des poisons , ne niant pas l’existence de Satan et de certains sorciers, proposant plutôt de soigner ces gens, qui sont de simples malades.

Les plupart des éditions sont in-8, mais on trouve également des in-4.

H
Images : le Malleus.

3 Commentaires

  1. Je ne suis pas assez connaisseur pour avoir un avis mais l’histoire est belle.
    Si le Musée de Strasbourg authentifie la gouache, on ne pourra que rester rêveur devant les milliers de kilomètres qu’elle aura parcouru… pour rentrer finalement au bercail!
    H

  2. Bonjour à tous sur ce Blog que je parcours régulièrement mais sur lequel je n’étais jamais intervenu.
    Merci à Hugues pour la retranscription de cette histoire et la mise en page avec des photos pas top et de tout format.
    Tout est dit dans l’histoire.

    Gustave Doré est né à Strasbourg et une partie du musée Le Musée d’Art Moderne et Contemporain de Strasbourg est consacrée à ses œuvres (il ne c’est pas prononcé encore au sujet de cette gouache dont il est le seul à avoir eu les photos avec vous) Ce musée à d’ailleurs fait préemption sur une œuvre vendue aux enchères « Le Christ quittant le prétoire » de G.Doré.

    Très intéressé par le bois de Bertrand j’ai eu envie de vous présenter en exclu cette gouache. Un peu fâché contre les pro, je préfère vous la présenter ici.

    Bien entendu je n’attends rien de définitif ce ne sont que des photos mal prises. C’est simplement un clin d’œil aux amateurs dont je fais partie et qui ont souvent un regard plus passionné que beaucoup de pro et j’inclus certains musées ou certains commissaires priseurs ou certains libraires, qui pensent être les détenteurs dépositaire de l’art ou bien qui n’ont que des $ ou € dans le regard face à une œuvre… que les pro qui ne font pas partie de cette description me pardonnent je sais qu’il n’en est pas de même pour tous mais les spécialistes de la mise en lambeau des ouvrages pour vendre à la pièce les illustrations ou autres cartes en sont un bon exemple. Présentez une œuvre qui risque d’avoir une grande valeur pour expertise chez certains C.priseurs et vous lirez entre les lignes du papier qu’il vous à fait signer que la preuve de dépôt pour expertise (gratuite) est aussi en fait une promesse irrévocable de mise en vente par celui-ci (vécu).

    Bref je dédie cette gouache aux amoureux de l’art sans autre but que de parler livre, gravure, peinture puisque celle-ci est rattachée à la bibliophilie.

    Bien à vous.
    Fabrice

  3. C’est un très bel objet que Fabrice a là. Encore une raison pour moi d’être jaloux.

    Je suis très sensible au charme de ce genre d’objets qui ne touchent à la bibliophilie que par la bande: des non-livres si importants pour le livre!

    Bois gravés, cuivres ou pierre lithographiés, dessins préparatoire, poinçons typographiques, épreuves non corrigées… des pièces d’histoire du livre, qui sont de captivants objets d’études. Cela m’attire beaucoup.

    Je n’ai pas grand chose à dire au sujet de votre gouache, je ne suis pas compétent. Le musée de Strasbourg a voulu vous l’acheter? Ce serait logique.

    Il est rassurant de constater que toutes les belles pièces ne sont pas en musée ou en bibliothèque. Tant mieux pour les libraires et les bibliophiles!

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