Découverte de la reliure: Thouvenin et le décor “à lacets”

Amis Bibliophiles Bonjour,

À l’Exposition des Produits de l’industrie du département de la Seine de 1819, Joseph Thouvenin présente une dizaine de reliures. Le travail du relieur est salué pour la fermeté de ses cartons, le veau poli, les bordures ornées à froid et l’usage de filets noirs. Emmanuelle Toulet (Joseph Thouvenin, Naissance du style historiciste dans l’art de la reliure au XIXe siècle) a précisé que ces reliures utilisant des filets noirs tracés à l’aide de “plumes en fers ou mieux de grosses plumes de cygne” et d’une règle étaient nouvelles pour l’époque. Les pièces de titre noires sont une autre caractéristique de ces reliures.

L’application de ces propriétés donne un modèle de décor original que j’appelle “à lacets” illustré ici par trois livres.
Le premier en deux volumes porte la signature de Thouvenin en queue du tome I. Sa reliure est en veau fauve glacé, ornée sur les plats d’un grand réseau de filets noirs entrecroisés à la manière d’une guêpière, dessinant 4 grands losanges complets compris dans un rectangle, avec petites marguerites dorées aux intersections et un encadrement de roulette de palmettes à froid et de filet noir, le dos à quatre nerfs, orné de palettes dorées, les pièces de titre et de tomaison noires, guirlande dorée sur les coupes et encadrement de roulette dorée intérieur, toutes tranches dorées.

L’ouvrage est de format grand in-8 (242 mm x 157 mm), il s’agît des Aventures de Télémaque imprimé à Paris pour E. A. Lequien date de 1820.La seconde recouvre deux titres séparés, Paul et Virginie et La Chaumière Indienne tous deux à Paris chez Furme en 1829, de format petit in-8 (167 mm x 110 mm). La reliure n’est pas signée et je n’ai pas identifié les fers du dos. Le style est exactement le même, une pleine reliure de veau brun poli, une grande composition géométrique de “lacets” de filets noirs avec points dorés aux intersections et encadrement de roulette à froid et de filet noir, guirlande dorées sur les coupes et réemploi de la roulette des plats, dorée cette fois, à l’intérieur. Le dos à quatre nerfs réserve deux pièces de titre noires.
Le troisième exemple provient du catalogue de juin 2009 de la librairie Cambon à Paris, le livre étant vendu je ne l’ai pas pris en main mais son décor est proche et la notice est éloquente.L’ouvrage de Paul Culot (Relieurs et reliures décorées en France à l’époque romantique) ne présente aucune reliure de ce type, non plus que Devauchelle ou les planches de la collection Descamps-Scrive. La question n’est pas d’attribuer tous ces livres à l’atelier de Thouvenin, mais de savoir combien de temps ce décor fut utilisé et si d’autres relieurs ont signé ce type de décor. Votre avis?
Lauverjat

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Portrait d’un maître relieur: Pétrus Ruban (1851 – 1929)

Portrait d'un maître relieur: Pétrus Ruban (1851 – 1929)

Amis Bibliophiles bonjour,
« Il trouve, déniche et prend aussi bien dans la flore naturelle que dans l’architecture, dans le japonisme et et dans l’ornithologie… il semble avoir étudié avec soin et intelligence les théories des couleurs complémentaires et sa palette est ordonnée avec une très heureuse harmonie et sans discordance. »  C’est ainsi qu’Octave Uzanne évoquait le relieur Ainé Ruban (dit Pétrus Ruban), que le hasard de quelques acquisitions ont mis sur mon chemin.
Une Nuit de Cléopâtre, Théophile Gautier, Ferroud, 1894 Dans La Reliure française de 1900 à 1925, de Crauzat évoque lui un « travailleur acharné, relieur doreur excellent praticien qui violente la matière pour en tirer le maximum d’effet ». L’ensemble de son oeuvre se caractérise d’ailleurs par son éclectisme. On retrouve cet éclectisme dans les deux ouvrages reliés par Ruban dont j’ai fait l’acquisition: le premier est techniquement parfait, magnifiquement mosaïqué (il y « violente la matière », mais finalement assez chargé, (Une nuit de Cléopâtre); le second est plus sobre, également parfait sur le plan technique, et c’est le talent de doreur de Ruban qui en fait un ouvrage magnifique.Une Nuit de Cléopâtre, contreplats et doublures, signée P. Ruban 1910,
l’une des ses dernières création donc.… mais qui porte également l’ex-libris personnel de Ruban,
doré au centre du contreplatCette oeuvre fît de Pétrus Ruban l’un des grands relieurs de la fin du 19e siècle et du début du 20e siècle. Né à Villefranche-sur-Saône en 1851, il exerça à Paris de 1879 à 1910, il s’est éteint à Neuilly le 21 avril 1929, à l’âge de 79 ans. Il avait installé son premier atelier au 16, rue Dauphine, avant de le transférer au 9 rue de Savoie en 1896.Octave Uzanne, Le Miroir du Monde, EO sur Japon au formatContrairement à nombre de ses confrères Ruban était à la fois relieur et doreur décorateur, il se distingue par des décors emblématiques complexes et dans le travail du cuir, en particulier des mosaïques, mais est également capable de proposer des réalisations plus simples à l’exécution parfaite. Il fût l’un des relieurs les plus en vogue au tournant du siècle et si les plus grands bibliophiles lui confièrent leurs ouvrages (Barthou, Beraldi, Borde, Baron de Claye, etc.), il était également collectionneur et réalisa pour sa propre bibliothèque un nombre important de reliures. 115 furent ainsi dispersées à Drouot le 12 décembre 1910, année de son départ à la retraite. Dans le catalogue, la collection était décrite comme « riche de beaux livres modernes en édition de luxe recouverts par de riches reliures composant la bibliothèque de M. Pétrus Ruban, ex-relieur ».
Détail de la dorureLors de l’Exposition Universelle de 1889, ses reliures doublées et mosaïquées furent remarquées pour leur originalité et il obtînt une médaille d’argent. Le rapport de l’exposition souligne ainsi  que « M. Ruban exposait des reliures fort réussies. En continuant à étudier les beaux modèles que nous ont laissés les maîtres des siècles passés et les reliures de nos artistes modernes, aussi bien sous le rapport de la constitution parfaite du corps d’ouvrage et e la couvrure que sous celui de la décoration en dorure correcte et bien nourrie, cet exposant ne tardera pas prendre parmi ces derniers le rang qu’il recherche à juste titre ».
C’est Lanoé, l’un des premiers relieurs de l’école Estienne, qui lui succéda l’atelier après avoir longtemps travaillé chez Ruban. 
H

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